Dans les années 20, la société américaine est partagée entre deux théories : la théorie de l’évolution de Darwin, qui dit que les espèces évoluent pour s’adapter au milieu dans laquelle elles vivent, et donc que l’Homme n’a pas été créé Homme mais qu’il possède un descendant commun aux singes, et la théorie créationniste, qui dit que l’homme et tout ce qui l’entoure a été créé par Dieu.
En 1925, l’Etat du Tennessee prend position en votant le « Butler Act », loi qui interdit l’enseignement de toute théorie qui nie la création divine de l’homme, telle qu’elle est enseignée dans la Bible.
L’American Civil Liberties Union (ACLU) réagit rapidement ; la jugeant intolérante, elle décide de casser cette loi : au Etats-Unis, si un citoyen se fait arrêter pour avoir violé une loi, il peut demander qu’un magistrat examine si celle-ci est constitutionnelle ou non. Au terme d’un processus juridique, la loi peut aller devant la Cour Suprême, qui peut alors la casser.
Comptant s’appuyer sur cette procédure, l’ACLU décide de passer une petite annonce pour trouver un enseignant qui accepte de violer la loi. Tombant sur cette annonce, un homme d’affaire de Dayton se dit que ce serait un bon coup de publicité pour sa ville, sans parler des retombées économiques ! A l’aide d’autres notables locaux, il arrive à convaincre John Thomas Scopes, le nouveau professeur de sciences naturelles.
L’affaire commence à faire du bruit dans le pays et un procès est organisé telle une grande fête, attirant près de 3000 visiteurs, ainsi que la presse locale et nationale. De plus, deux grandes figures du pays vont s’affronter : William Jennings Bryan représentera l’état de Tennessee et Clarence Darrow, la défense. Le premier, trois fois candidat à la Maison Blanche, ancien Ministre des Affaires Etrangères, orateur brillant et défenseur de nombreuses causes progressistes, grand prêcheur, s'est engagé depuis plusieurs années dans la lutte anti-évolutionniste. Le second, brillant avocat, défenseur des syndicalistes et réputé gauchiste, est le symbole de la libre pensée.
Le procès débute le 10 juillet, mais il est très décevant : peu de discussions scientifiques et métaphysiques et la plupart des auditions visent à savoir si Scopes avait bien ou non enseigné la théorie interdite, ce qui n’intéresse personne. Mais un moment restera dans les mémoires : Darrow, défenseur de Scopes, demanda à Bryan de témoigner à la barre en tant qu’expert de la Bible. Bryan, flatté, accepte.
Pendant une heure et demie, Darrow enchaîne les questions adroites sur la rationalité de la Bible : Adam et Eve étaient-ils seuls au monde, comment leur fils Caïn a-t-il pu trouver une femme ? Les poissons ont-ils été noyés eux aussi lors du Déluge ? Darrow arrive finalement à faire dire à Bryan que la Création a pu durer plusieurs millions d’années, en considérant les six jour de la Genèse comme six périodes. Il vient donc d’avouer que les paroles de la Bible ne représentent pas la vérité absolue. Mais cette victoire ne change rien au résultat du procès : John Scopes est quand même jugé coupable et condamné à payer une amende de 100 dollars. La loi ne fut pas examinée par la Cour Suprême. Le Butler Act resta en vigueur jusqu’en 1967.