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Analyse photo de presse

10 / 07 / 2008 | Sandrine Rafael

Analyser une photographie de presse

1. Une photographie de presse est une image fixe.

On peut donc, dans un premier temps, l’analyser indépendamment de son contexte comme toute image fixe.

a) analyser le message figuratif (ou iconique)

On pourra regrouper les motifs selon qu’ils se rapportent au décor, aux objets ou aux personnages.
L’interprétation a recours aux codes de l’inconscient personnel et collectif et aux codes du domaine socioculturel :
- codes de reconnaissance de l’identité (noms, vêtements, mode, insignes) ;
- codes de reconnaissance des lieux ou des objets ;
- codes des relations inter-individuelles (gestes, attitudes, distances, nourriture, regards) ;
- codes des manifestations collectives (mythes, religions, cérémonies, jeux, sports, travaux).
On rappellera que dans une image le composant vivant domine le composant inanimé ; placée à gauche une personne domine l’image, à droite elle devient un élément secondaire.

b) analyser le message plastique

Les signifiants plastiques renvoient aux choix de l’auteur. Ils peuvent appartenir aux domaines suivants : cadre et cadrage ; échelle des plans ; profondeur de champ et perspective ; angle de vision ; éclairage ; valeurs et couleurs ; composition, lignes, formes dominantes ; effets de texture.

2. Une photographie de presse est une image particulière

a) la fonction de la photographie
Il faut distinguer s’il s’agit d’une photo
- pour faire vendre : une ou couverture de magazine avec les " quatre A " des titres : argent, affectif, agression, anecdote,
- pour informer : attester qu’un événement a eu lieu,
- pour illustrer un article : fonction de documentation, de description,
- pour argumenter : transmettre un message,
- pour intriguer ou frapper l’imagination,
- pour témoigner d’une recherche esthétique.

b) les sources de la photographie
La photographie peut avoir été réalisée par un photographe d’agence de presse qui doit trans-mettre rapidement l’essentiel d’une information ou par un photographe indépendant qui peut avoir un regard plus esthétique et travailler sur le long terme. Il peut s’agir d’une image d’archives, d’un "télégramme" (weaver) c’est-à-dire d’un arrêt sur image à partir de la télévision.

c) le taux d’iconicité
Les photographes ont du mal à tout représenter avec des photographies : comment illustrer, par exemple, la musique, la production de lait, une vache folle ? Le taux d’iconicité correspond à la possibilité de visualiser le sujet par une photographie. Quand c’est impossible on peut avoir recours au dessin.


3. Les quatre dimensions d’une photographie de presse

a) Les effets de réel

La photographie a par nature un pouvoir référentiel très important, une ressemblance au réel élevée. Les premiers imprimés qui substituèrent les illustrations et dessins à des reproductions de photographies le firent pour donner à leur lecteur l’impression que ce qu’ils montraient était plus "vrai". Avec la photographie, contrairement au dessin ou à la peinture, nous savons qu’un "événement", qu’un "réel", a préexisté à l’image. Le pas fut vite franchi, confortant la crédulité collective, pour établir une équation entre photographie et vérité. "Il est en photo dans le journal" en lieu et place de "Sa photo est imprimée dans le journal" est devenu une expression courante... (15)


Grâce à des conventions on arrive à croire que la photographie est une fidèle représentation des faits : La photographie de presse ne montre jamais la "vérité" Elle isole un instant de l’événement pour produire une image du réel. L’effet de réel, c’est donc l’art de rendre présent et vrai ce qui a déjà eu lieu. Il ne s’agit en aucun cas d’une représentation réelle de la vérité. Au contraire, des choix ont lieu qui engagent le lecteur vers l’événement et lui font ressentir la scène représentée comme proche de lui. Cet art, qui veut faire partager au lecteur un moment vécu, travaille avec les possibilités techniques de l’appareil photo pour les inscrire dans une culture et des points de vue. (16) Trois procédés sont mis en œuvre :


- La perspective frontale : ligne d’horizon, lignes et point de fuite permettent au lecteur de croire qu’il est à la place du photographe, qu’il assiste à l’événement. La réalité est ainsi mise en espace conformément aux normes de la représentation du réel. "La photographie au grand angle, qui introduit de subtiles distorsions (ayant fait l’objet de maintes descriptions techniques), pousse le spectateur en avant, l’introduit en lisière de l’espace de l’image, plus que jamais niée dans son statut primordial de surface plane à deux dimensions. L’effet de réel est à son comble, et tandis que l’oeil du spectateur est placé dans un espace restreint dont tous les points sont à égale distance, tout est mis en oeuvre pour lui laisser croire qu’il accommode selon la distance des divers objets représentés".(17)


- L’instantané  : la mise en temps, en suspens de la réalité, l’évocation d’un instant spectacu-laire garantit la mise en scène temporelle de la réalité (rôle du flou) conforme aux normes de la représentation du réel. La prise de vue suggère qu’il y aura une suite de l’action, le photographe choisit un moment significatif avec pour raison d’être d’évoquer le déroule-ment de celui-ci : "Les photos de presse dans la manière dont elles saisissent (re)cadrent et donc reconstruisent un instant de l’actualité, peuvent "irradier", créer autour d’elles un halo temporel dans lequel le lecteur coopérant (et "encyclopédique") pourra tresser le récit - ou du moins un récit- dont elle cristallise un moment plus ou moins cardinal, straté-gique, emblématique." (18)


- La présence du sujet et son regard adressé au spectateur  : la frontalité d’un regard garantit une attention particulière du lecteur : impression que le sujet le regarde, l’interpelle, le prend à témoin.

b) Les reconnaissances culturelles

Toute photographie de presse est une citation du réel mais aussi d’une culture d’images (cf. la " Madone " de Bentahla) ; elle installe l’actualité dans une forme souvent "déjà vue" par le lecteur. La photo de presse se répète souvent : "Les photographies de reportage sont des images-gigognes, images qui se donnent pour une condensation de l’événement lui-même, un concentré de signification historique, alors qu’elles sont des condensés iconographiques, réalisées au prétexte de l’information. Ainsi va le monde en larmes qui fournit au mode du reportage les occasions d’une actualisation perpétuelle de son histoire canonique". (19)


c) La symbolique

Une photographie est symbolique quand elle quitte le terrain de l’actualité pour devenir exemplaire, quand elle est une image qui renvoie plutôt à une idée qu’à une actualité immédiate.Une bonne photographie de presse propose souvent deux approches : le spectaculaire au service de l’événement, la symbolique au profit d’un résumé efficace de l’actualité.

d) La rhétorique

La photographie de presse utilise souvent des figures de rhétorique comme la comparaison et l’antithèse (par exemple la jeune fille à la fleur de Riboud), l’hyperbole, la métaphore, l’allégorie qui permettent à la photo de presse d’allier l’éphémère et la durée. (20)

4. Une photographie de presse est publiée dans un journal ou un magazine

Une image est toujours inscrite dans des dispositifs de présentation, de sélection, de conditionnement, de circulation. Une photo de presse a été prise par un photographe qui exprime son point de vue notamment à travers le cadrage ; l’agence de photographie puis la rédaction du journal confirmeront ou contrediront les choix du photographe en la choisissant parmi d’autres.
A la mise en scène du réel par le photographe succède la mise en espace du secrétaire de rédaction qui choisit de mettre en avant tel aspect pour provoquer la réaction du lecteur : cela conduit à modifier le cadrage, à utiliser des techniques pour dramatiser ou adoucir, à renforcer des couleurs. La photographie est mise en page en regard d’un texte, accompagnée d’une légende, en rapport avec d’autres photos et d’autres textes. Elle est prise alors dans un ensemble de codes iconiques, linguistiques, typographiques et topographiques. Elle est amputée d’une partie de son sens, les mots qui l’entourent en déterminent la lecture, construisent un sens que la photographie n’avait pas forcément au départ : Quand on regarde des photos dans une publication, ce qu’on lit, ce n’est pas la photo, c’est l’utilisation de la photo, et c’est d’abord une page de journal. Le lecteur perçoit que le sens est produit par l’ensemble d’un dispositif dans lequel l’image photographique intervient. On ne lit pas une image de la même façon dans Paris-Match et dans Libération . (21)
Il faudra donc examiner :
- la place de la photographie dans la page : position valorisée en haut à gauche ou centrale ;
- la superficie de la photographie et éventuellement le recadrage qu’elle a pu subir ;
- le renforcement ou la contamination par une autre image (photographie ou dessin).

Voir aussi le scénario pédagogique sur le site du CRDP Grenoble : Photographie de presse, entre icône et réalité


(14) Cette partie doit beaucoup aux travaux de Frédéric Lambert.
(15) Christian Caujolle "La photo menteuse" in La photographie, Télérama hors-série, octobre 1994.
(16) Frédéric Lambert, Les yeux du quotidien, La photographie de presse régionale, CNDP/CFPJ, 1988
(17) Guy Gauthier, Vingt + une leçons sur l’image et le sens, Edilig, coll. Médiathèque, 1989
(18) Philippe Marion, "Les images racontent-elles ? in Recherches en communication, n°8, 1997
(19) Gilles Saussier, "Du reportage au jardinage", Des territoires en revue n°3
(20) Cf. le chapitre sur la rhétorique des photos de presse in Martine Joly, L’image et les signes Approche sémio-logique de l’image fixe, Nathan, réédition 2000
(21) Christian Caujolle, op. cit.


 

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