CLEMI-Créteil

Adolescence et usages du mobile

14 / 04 / 2008 | Clemi Créteil
71 % des 12-14 ans et 94 % des 15-17 ans possèdent désormais leur propre portable, qui, pour eux, est plus qu’un téléphone.
MARIE-JOËLLE GROS

QUOTIDIEN : lundi 14 avril 2008, article du journal Libération

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Pour marquer l’entrée dans l’adolescence, il ne faudrait pas seulement se fier aux signes extérieurs d’une puberté naissante (transformation du corps, poils qui poussent, menstruations, etc.). Posséder un téléphone portable à soi s’apparenterait à un « nouveau rite de passage », soulignent les sociologues Joëlle Menrath et Anne Jarrigeon, qui enrichissent depuis plusieurs années les études de l’Association française des opérateurs mobiles (Afom).

 

Les adolescents sont, de fait, plutôt équipés : 71 % des 12-14 ans et 94 % des 15-17 ans possèdent désormais leur propre portable. Et, de tous ses usagers, les adolescents sont ceux qui envoient le plus de SMS (97 %), prennent le plus de photos (83 %), font le plus de vidéos (60 %), écoutent le plus de musique (62 %) et jouent naturellement le plus (61 %). Bref, du pain béni pour les chercheurs et les praticiens (psychologues, pédopsychiatres et psychanalystes) que l’Afom avait réunis le 4 avril à Paris (1). L’occasion de « croiser les regards » sur une tranche d’âge qui grandit, en cinq étapes et des milliers de coups de fil.

Se moquer de la valeur des choses

Contrairement aux apparences, même si les ados sont très équipés, tous ne sont pas surdoués en nouvelles technos. Si certaines fonctionnalités leur échappent, ils ont surtout en commun une grande décontraction vis-à-vis des objets technos qu’ils ne sacralisent absolument pas. Les portables circulent dans les familles comme autrefois les paires de chaussures et les vêtements. Mais les adolescents en changent plus souvent que n’importe qui d’autre dans la famille : tous les neuf mois pour les 12-14 ans, et tous les onze mois pour les 15-17 ans. Ce qui en fait pour eux un objet éphémère, précaire, voué à circuler.

Partager son intimité

SMS, photos, jeux, vidéos : tout ce que les ados glissent ou archivent dans leur portable est destiné à être vu, échangé et commenté à plusieurs. Rien à voir avec les façons des adultes qui considèrent leur téléphone portable comme leur « boîte noire » et se font un sang d’encre dès qu’il passe dans d’autres mains. Les ados, eux, farfouillent dans le répertoire des uns et des autres, consultent le journal de bord et lisent des textos qui ne leur sont pas destinés, quasiment sans aucune gêne. Pour Joëlle Menrath et Anne Jarrigeon, le téléphone portable des adolescents se rapprocherait d’un musée intime, qui s’expose et s’exhibe à loisir : d’ailleurs, les ados eux-mêmes se proposent de jouer le guide. Et s’ils raffolent des images sensationnelles, grotesques ou morbides, et pratiquent parfois le happy slapping (agression physique filmée via un portable), il faudrait y voir, d’après le psychanalyste Michael Stora, une influence des journaux télévisés.

Chahuter en classe

Traquer les portables en salle de classe serait de plus en plus vain. Les élèves les mettent sur vibreur et s’envoient des SMS comme on se passait autrefois des mots sous la table. Quand ils ont décidé de provoquer leurs profs, ils lancent des concours de sonneries pendant les cours. Ou en enregistrent une semblable à celle de la cloche,du coup, la salle se vide de ses élèves et laisse le prof seul, et consterné. Se faire confisquer son portable devient dès lors la punition ultime. Celle qui fait vraiment mal. Pour les enseignants, demander aux parents de venir récupérer un téléphone portable confisqué serait d’ailleurs une excellente occasion de s’entretenir avec eux.

S’émanciper de la famille

Envoyer des SMS à ses copains pendant un repas de famille, c’est une façon comme une autre de s’évader, de quitter la table virtuellement.

En dehors des repas, quand on veut s’émanciper de la surveillance des parents, plusieurs techniques. Notons la plus courante : leur téléphoner comme ils l’exigent pour leur signaler qu’on est bien rentré à l’heure, et à peine le coup de fil passé filer retrouver ses copains dehors, allumer la télé ou l’ordi, etc.

Piégés, les parents qui ont offert un portable à leur rejeton ne sont sans doute pas totalement dupes. Leur obsession, c’est de pouvoir le joindre à tout moment. Et l’incivilité des adultes dépasse parfois celle de la jeunesse : certains n’hésiteraient pas à téléphoner à l’heure où leur enfant est censément en salle de classe. Ou en consultation chez le psy.

Avant chacune de ses sorties, c’est le même interrogatoire : « T’as pris tes clés ? Et ton portable, tu l’as ? » Pas de réponse, l’ado a déjà passé la porte. S’il a oublié son téléphone, il y a fort à parier qu’il fera demi-tour. Voilà un point commun entre ados et adultes : l’oubli du portable fait revenir sur ses pas. Comme autrefois une montre ou un parapluie oubliés.

 

Tromper l’ennui

« Qu’est-ce que je peux faire ? J’sais pas quoi faire… » A l’adolescence, nombreux sont les moments de profond désœuvrement, d’ennui et de désintérêt pour tout. Sauf qu’avoir un téléphone portable dans la main permettrait de déjouer l’ennui. L’anthropologue Véronique Nahoum-Grappe note que le portable joue grosso modo le même rôle qu’une cigarette : il occupe les mains, produit des gestes élégants, donne une contenance. « T’es où ? » Le téléphone portable permet non seulement des délibérations sans fin sur un programme de sorties potentielles, mais il décuple aussi les occasions de retrouver un copain à telle heure, un autre plus tard, un troisième encore après : il sonne la fin de l’ennui, en somme.

 

(1) Dont Philippe Gutton, Michael Stora, Laurence Allard, Mehdi Derfoufi, Claude Allard et Véronique Nahoum-Grappe.

 

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