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Education aux médias et à l’information

Fondamentaux EMI : Information/désinformation.

09 / 05 / 2020 | Nathalie Terrades | Elodie Gautier

Fondamentaux EMI : Information/désinformation.

Face à la quantité des messages et des images sur les réseaux, savoir faire le tri

En 2020, on compte sur la planète plus de 4,5 milliards d’internautes et 3,8 milliards d’utilisateurs des réseaux sociaux. Le volume des contenus en circulation en ligne est considérable.
Chaque minute, dans le monde, plus de 40 millions de messages sont échangés sur les messageries instantanées WhatsApp et Facebook messenger, 500 heures de vidéo sont postées sur Internet dans le monde.
Sur internet et les réseaux, tout le monde peut poster, commenter, partager. Ce sont de formidables outils pour s’informer, s’exprimer librement et communiquer avec les autres.
Aux côtés d’articles, de vidéos, d’enregistrements réalisés par des journalistes dont le métier est d’informer, nous trouvons des millions de contenus générés par des utilisateurs qui ne sont pas des professionnels de l’information. Certains postent et partagent des contenus sans vérifier leur fiabilité et sans communiquer leurs sources. Pire, parfois, certains n’hésitent pas à modifier une image, à ajouter une légende ou une voix-off pour tromper leur lecteur.

Fake news, infox, désinformation, mésinformation … de quoi parle-t-on ?

Depuis quelques années, le terme de “fake news” traduit en français par “fausses nouvelles”, “fausses informations” ou “infox”, est entré dans le vocabulaire courant.

Le point commun entre les fausses informations est qu’elles jouent sur l’apparence, elles ont l’air vraies.
Pour ne pas être soi-même trompé et partager des infox, il faut apprendre à les identifier.
Pour mieux comprendre le succès de certaines fausses informations, il est important de réfléchir à ce que l’on ressent en regardant une image, en lisant une légende ou en écoutant un son.
Il est important aussi de se demander quel est le but de ceux qui les propagent.

Le terme d’infox est composé de 2 mots : « information » et « intoxication », il désigne « une information mensongère ou délibérément biaisée, répandue par exemple pour favoriser un parti politique au détriment d’un autre, pour entacher la réputation d’une personnalité ou d’une entreprise, ou encore pour contredire une vérité scientifique établie (…). » (Commission d’enrichissement de la langue français, 2018).

Si certaines fausses informations ont pour but de faire rire (les canulars), d’autres ont pour intention d’induire en erreur et de manipuler les lecteurs. Elles peuvent, par exemple, chercher à nuire à une personne ou à une minorité, à diffuser des idées racistes, à provoquer la peur ou encore à influencer un vote. D’autres enfin ont des visées purement mercantiles : elles cherchent à vendre quelque chose ou, par un titre accrocheur et une image choc, à susciter le plus de consultations par les internautes, c’est ce que l’on appelle les “pièges à clics”.
Cependant, toutes les fausses informations ne sont pas intentionnelles. Dans certains cas, une information erronée, incomplète, non actualisée est relayée sans intention de désinformer, on parle alors de mésinformation.

Prendre le temps d’observer et de réfléchir

Tout va très vite sur les réseaux et les messageries où défilent sans cesse des images et des messages. Bien souvent, nous ne prenons pas le temps nécessaire pour observer, réfléchir et encore moins pour vérifier.
Les fausses informations intentionnelles jouent sur les émotions, elles cherchent à faire réagir : à cliquer, à liker et à partager.
C’est sur nos réactions instantanées que comptent celles et ceux qui cherchent à susciter l’émotion pour s’assurer une diffusion rapide et massive de leurs contenus. Liker c’est déjà participer à la viralité. Pourtant, bien souvent, il suffit de quelques secondes pour observer attentivement une image, réfléchir au sens de la légende qui l’accompagne ou encore écouter le son d’une vidéo pour se rendre compter d’une incohérence.

Les infox, pourquoi est-ce un problème ?

Depuis la prolifération de fausses informations sur les réseaux sociaux lors des campagnes pour les élections présidentielles américaines et le référendum sur le Brexit au Royaume Uni en 2016, la question des infox est envisagée comme une menace pesant sur le débat démocratique.
Sur les réseaux sociaux ou les messageries instantanées, les rumeurs circulent très rapidement et peuvent avoir des conséquences très graves. En France, en 2019, des rumeurs fausses, partagées sur Facebook, Snapchat et Twitter ont été suivies de violences et d’agressions contre des personnes de la communauté Rom, accusées à tort de supposés enlèvements d’enfants. Toutes ces accusations étaient fausses et ont été démenties par la police mais la rumeur, jouant sur la peur de l’autre, a eu des conséquences dramatiques.

La circulation des infox fait l’objet d’études qui soulignent que leurs effets relèvent de logiques complexes.
A lire sur le sujet, l’article de Dominique Cardon, sociologue.
Pourquoi avons-nous si peur des fake news ?
"Les Fake News seraient à elles seules responsables de la montée des populismes, de la crise des médias, ou de la diffusion de croyances irrationnelles.
Pour D. Cardon, "ce déterminisme technologique, s’appuie sur une assez large méconnaissance des résultats des enquêtes sociologiques comme celle parue aux Etats-Unis fin 2018, Network Propaganda de Yochai Benkler, Robert Faris et Hal Robert"
Un article publié par la revue en ligne AOC :
https://aoc.media/analyse/2019/06/20/pourquoi-avons-nous-si-peur-des-fake-news-1-2/

Comment faire la chasse aux fake news ?

La responsabilité des entreprises qui possèdent les réseaux sociaux et les messageries est régulièrement interpellée. Leurs dirigeants déclarent s’engager dans la lutte contre la désinformation. Des États, comme la France, ont adopté des lois pour lutter contre les infox.
Cependant, la lutte contre les fake news se heurte à au moins deux écueils : le contrôle des contenus peut constituer une atteinte à la liberté d’expression, essentielle en démocratie et, la vitesse de propagation des contenus sur les réseaux le complique. Enfin, l’économie des plateformes, nourrie par l’intensité du trafic des internautes et la collecte de leurs données personnelles, repose sur un modèle de libre circulation des contenus.
Or, des chercheurs du MIT ont étudié ces phénomènes de viralité des fausses informations et ont fait le constat qu’une fausse nouvelle est partagée 6 fois plus rapidement qu’une information vérifiée et peut toucher jusqu’à 100 000 personnes !
L’internaute doit donc être vigilent. Il doit avoir à l’esprit que certaines périodes sont particulièrement propices à la propagation de fausses informations : les périodes d’élections ou encre les contextes marqués par des attentats ou des catastrophes naturelles.
Usagers des réseaux et des messageries, nous avons individuellement une responsabilité : apprendre à bien s’informer et à partager des informations de façon responsable pour ne pas participer à la désinformation.

Les leçons du fact checking

Le terme anglais fact checking que l’on traduit en français par « vérification des faits » désigne la méthodologie utilisée par les journalistes pour s’assurer de l’exactitude d’une information.
La vérification de l’information est à la base du travail quotidien des journalistes.
Aujourd’hui, on utilise l’expression “fact checking” pour désigner une pratique journalistique qui consiste à vérifier les propos tenus par des personnalités publiques mais également à vérifier la véracité de contenus circulant sur Internet et sur les réseaux.
Certains journalistes se sont spécialisés dans la vérification de l’information, on les appelle des “fact checkeurs”.
De nombreux médias en France se sont dotés d’une cellule de vérification de l’information ou fact checking » et publient leur travail en ligne pour aider les internautes à identifier les fausses informations.
C’est le cas des journalistes des Observateurs de la chaîne France 24 mais aussi des Décodeurs du journal Le Monde, de Check News, du journal libération ou encore des journalistes de l’AFP factuel.
Comme les journalistes vérificateurs d’information, chacun doit adopter les bons réflexes face aux contenus qui circulent sur tes réseaux sociaux et nos messageries : prendre chaque fois quelques secondes nécessaires pour ne pas être trompé et ne pas tromper les autres en partageant de fausses informations.

Petit mémo pour repérer des « fake News » (à télécharger)
Source : Fédération Internationale des Associations et Institutions de Bibliothèques (IFLA) https://www.ifla.org/files/assets/hq/topics/info-society/images/french_-_how_to_spot_fake_news.pdf

Biblio et sitographie :

Médias, réseaux, images  :

Féroc-Dumez, Isabelle. « Viralité informationnelle et communication ». Fiche info, parue dans le dossier de la Semaine de la presse 2017
https://www.clemi.fr/fr/ressources/nos-ressources-pedagogiques/ressources-pedagogiques/viralite-informationnelle-et-communication.html

Étude sur l’usage d’Internet et des réseaux sociaux dans le monde en 2020 - BDM https://www.blogdumoderateur.com/internet-reseaux-sociaux-2020/

Lachance, Jocelyn. « Les sept droits du lecteur d’images », L’école des parents, vol. sup. au 624, no. 6, 2017, pp. 8-8.

Rieffel, Rémy. Sociologie des Médias.4e édition. Ellipses, 2015.

Sur les fake news (Infox/Fausses nouvelles) :

Frau-Meigs, Divina. Faut-il avoir peur des fake news ? Éditions La Documentation française, 2019.

Sénécat, Adrien. « Des fake news aux multiples facettes »
Fiche info, parue dans le Dossier de la Semaine de la presse, 2018
https://www.clemi.fr/fr/ressources/nos-ressources-pedagogiques/ressources-pedagogiques/des-fake-news-aux-multiples-facettes.html

Trudel, Pierre et al. Les Fausses Nouvelles, Nouveaux visages, nouveaux défis. Comment déterminer la valeur de l’information dans les sociétés démocratiques ? Presses de l’université de Laval et éditions Hermann. 2018.

Claire Wardle, Hossein Derakhshan, Information Disorder, Toward an interdisciplinary framework for research and policy making. (Rapport en anglais). Conseil de l’Europe, septembre 2017.
https://rm.coe.int/information-disorder-toward-an-interdisciplinary-framework-for-researc/168076277c

Ressources pédagogiques :

« Info vs Infox ». La collab’ de l’info. France Télévisions. Lumni.
https://www.lumni.fr/video/info-vs-intox#containerType=program&containerSlug=la-collab-de-l-info

« 30 secondes avant d’y croire », portail de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec développée en collaboration avec l’Agence Science-Presse :
https://30secondes.org/module/quest-ce-quune-fausse-nouvelle/

Sur le fact checking :

Mathiot, Cédric. Le fact-checking, ou journalisme de vérification
Fiche info, parue dans le dossier de la Semaine de la presse 2017
https://www.clemi.fr/en/ressources/nos-ressources-pedagogiques/ressources-pedagogiques/le-fact-checking-ou-journalisme-de-verification.html

Bigot, Laurent. « Le fact-checking a une longue histoire »
https://larevuedesmedias.ina.fr/laurent-bigot-le-fact-checking-une-longue-histoire

Bigot, Laurent. Fact-checking vs fake news. Vérifier pour mieux informer. Éditions INA. 2019.

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